II. Dépénalisation du droit à l'avortement


a) Développement de manifestations et de mouvements
féministes

« Nul ne peut obliger une femme à interrompre une grossesse » (code de la santé publique).

Des mouvements féministes se développent, militant pour l'émancipation des femmes et en particulier leur droit à disposer de leur corps (discours d'Antoinette Fouque). L'IVG devient un l'un des points importants du combat féministe.


La dépénalisation du droit à l’avortement votée par l’assemblée nationale en 1975 ne s’est acquise que par une lutte acharnée des mouvements féministes mobilisés à cette époque notamment autour du MLF : le Mouvement de libération de la Femme et du MLAC : Mouvement pour la libération de l’avortement et de la Contraception.


  • Le MLF est un mouvement féministe français crée dans les années 70, il regroupe des jeunes femmes qui veulent défendre l'intérêt de la femme au sein de la société. La véritable naissance du MLF se fait le 26 août 1970 à la suite d'une réunion de femmes qui ont déposé une gerbe sur la tombe du "soldat inconnu", dénonçant ainsi le manque de prise en considération des femmes. Elles seront toutes arrêtées par la police. Cette action donnera alors naissance au Mouvement de Libération de la Femme. Un mouvement caractérisé par le manque de hiérarchie, aucun leader n'est à sa tête. Il est constitué de plusieurs groupes de différentes tendances politiques, philosophiques ou sociologiques. Selon les membres, la femme n’est pas suffisamment entendue au sein de la société, bien qu’elle obtienne de plus en plus de droits, au fil du temps. La presse et l’édition seront leurs principaux moyens de communication, pour faire entendre leurs revendications. Très vite, le mouvement prendra de l’ampleur, notamment grâce à Antoinette Fouque, Simone de Beauvoir ou encore, Christine Delphy. Les actions de chaque groupe tourneront autour de la protection de la femme, de la lutte pour ses droits, notamment pour l'avortement.Le MLF a pour slogan : «Un enfant, si je veux, quand je veux.»

  • La deuxième plus importante organisation est le MLAC. Crée en avril 1973, il revendique la libéralisation de l'avortement et son remboursement par la Sécurité Sociale. En un an, le mouvement se développe, de plus en plus de centres du MLAC s'ouvrent, avec à sa tête des femmes qui le plus souvent ne font pas partie du corps médical. Elles accueillent des femmes, les aident, et les informent sur la contraception. La méthode Karman (aspiration du fœtus, moins nocive que le curetage) est utilisée dans ces centres, mais ce sont encore des avortements illégaux. L'organisation va même jusqu'à voir les médecins pour les Convaincre de leur enseigner cette méthode. Elles organisent également des voyages, par exemple vers les Pays-Bas ou l'Angleterre, là où la loi de l'avortement a déjà été votée ; ainsi le nombre de françaises à avoir avorté en Angleterre est passé de 12 000 en 1971 à 35 300 en 1973 et jusqu'à 36 400 en 1974.
  • La CADAC (coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception) a été créée en 1990, à l'initiative du groupe femmes "Elles sont pour". Elle regroupe associations, syndicats et partis politiques sur le constat que, malgré la loi Veil (1975) conquise par la lutte des femmes, l'avortement reste menacé. Lutter pour que les droits des femmes à disposer de leur corps soient respectés est la mission principale de cette association.
  • Le Planning Familial a été créée en 1956 sous le nom de "La maternité heureuse". Il s'agit d'un mouvement militant qui prend en compte toutes les sexualités, défend le droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité. Il dénonce et combat toutes les formes de violences, lutte contre le SIDA et les IST, contre toutes les formes de discrimination et contre les inégalités sociales.



Manifeste des 343 salopes





Le manifeste des 343 salopes est une pétition française qui fut publié le 5 avril 1971 dans le numéro 334 du magazine « Le Nouvel Observateur ». Ce sont 343 françaises qui ont eu le courage de signer cette pétition pour avouer qu'elles se sont fais avorter. Mais en signant cette pétition elles savaient qu'elles auraient pu être emprisonnées. Cette manifestation est en effet un appel pour dépénalisé l'avortement, pour qu'il devienne légal. Simone de Beauvoir l'a rédigé et a ensuite récolté 343 signatures. Cette pétition a inspiré en 1973 un manifeste des 331 médecins pour la liberté de l'avortement. Ils obtiendront gain de cause en 1975.



Manifeste des 331


Après le « Manifeste des 343 avortées » qui reconnaissent avoir eut recours à l’avortement, auquel s’étaient déjà joints 252 médecins, le « Manifeste des 331 » est rédigé par 331 médecins qui demandent leur inculpation pour avoir pratiqué des avortements. “Décider si l’avortement est ou non un crime du ressort de la liberté individuelle, écrivent-ils”.