b)
Avortements exercés clandestinement
Avant la législation de l'IVG, l'acte était clandestin. Ainsi, il était pratiqué dans de mauvaises conditions, sans hygiène. Ce travail était effectué sur des femmes voulant absolument se débarrasser de leur grossesse et par des personnes dépourvues de toutes compétences et de tout diplôme : les faiseuses d'anges.
Les
procédés mécaniques utilisés étaient les suivants : des coups
sur l'abdomen, massages violents abdominaux pour faire descendre
l'utérus. Il y avait également l'utilisation de divers instruments
pour perforer les membranes : aiguilles à tricoter, tringle de
rideaux, fil de fer, pointes de ciseaux… Ces méthodes avaient
comme conséquences des blessures du vagin et du col de l'utérus.
Les
avortés mouraient très souvent dans des conditions et des
souffrances terribles. Ces décès étaient le plus souvent liés à
des infections, des perforations, ou parfois à un choc.
Nom :
Marie-Louise GIRAUD
Pseudonyme : La faiseuse d’anges
Victime :
Fœtus (êtres vivants selon le gouvernement de Vichy)
Lieux : Cherbourg (France)
Dates des faits :
De 1940 à 1942
Procédé : Avortements
Mobile :
Appât du gain
Exécution : Guillotinée le 30 juillet 1943
Issue d’une famille pauvre, elle est mariée à un marin avec lequel elle a deux enfants. Elle a exercé différents métiers : domestique, femme de ménage, puis blanchisseuse. Mais parallèlement elle s’est lancée dans d’autres activités lucratives. En effet, depuis le début de la guerre, elle est en contact avec les milieux de la prostitution cherbourgeoise. Elle loue des chambres de passe aux prostituées. Ce premier trafic n’est pas celui que lui reproche le tribunal. Marie-Louise Giraud est très vite devenue une avorteuse appréciée. Du fait de la guerre, de la séparation des couples, des privations alimentaires, les grossesses se font moins désirées et les avortements clandestins plus nombreux. Tout d’abord, elle pratiquait, de manière bénévole, des techniques d’avortement apprises ça et là. Mais les occasions se multipliant, elle a rendu ses services payants et, dès lors, s’est lancée dans un véritable commerce, extrêmement fructueux. En janvier 1942, un de ces avortements tourne mal et la jeune femme avortée meurt de septicémie (infection). Le 15 février de la même année, le régime de Vichy promulgue une loi faisant de l’avortement un crime contre la sûreté de l’État et le punissant de la peine de mort. En octobre 1942, Marie-Louise est dénoncée dans une lettre anonyme et arrêtée. Puis le 30 juillet 1943, accusée de 26 avortements, elle est guillotinée. Ce sera la dernière femme en France à subir la peine capitale.
Témoignage :
Un
homme nous a fait part de son témoignage. Celui-ci a perdu sa mère en 1963 suite à un avortement clandestin. Elle avait 28 ans. Elle ne souhaitait pas de quatrième enfant car le père étant trop absent, elle ne voulait pas un enfant de plus à charge. Sa voisine lui a donc donné un comprimé pour avorter mais la jeune femme décède quelques minutes après d'une hémorragie interne..
Evolution
du devenir des grossesses en France entre 1965 et 2000
Nous avons pu constaté au cours de nos recherches que les avortements clandestins ont toujours été présents. Dans les années trente, on compte 20.000 à 60.000 décès par an, mais malgré ces chiffres effarants, cette pratique se poursuit. En effet, nous remarquons sur ce graphique qu'en 1965 le nombre d'avortements clandestins
pratiqués était estimé à plus de 200 000. Malgré l'adoption de
la loi Veil en 1975 et la dangerosité de sa pratique, son nombre reste très
important, par exemple en
1980 il était de l'ordre de 90 000.